Les deux gardes s'étaient approchés de la rive en voyant le navire arriver, en silence ils installèrent le corps du jeune guerrier sur une civière. Douleya qui avait accompagné Estel, salua son père qui avait suivi les gardes vers le rivage, ils se mirent en route rapidement, accompagné d'une dame qui marchait déja avec empressement vers la vallée de l'eau.
Ils décidèrent de l'emmener dans la foret solitaire, cette même foret qui l'avait vu grandir, le coeur du jeune guerrier ne pouvait que s'en réjouir.
Le blessé fut déposé à terre, les gardes s'en allèrent et alors la dame demanda qu'on les laisse ensemble, seuls. En silence, ils se retirèrent, comprenant que cette dame n'était autre que sa mère, sa soeur et son père en firent de même.
L'inquiétude et la peine quittèrent leurs coeurs sans qu'ils le comprennent. Sa mère l'avait appellé ou sorti d'un sommeil qu'elle lui avait ordonné, nul ne savait. Pendant de longues heures ils discutèrent, évoquant un passé qu'ils ne pouvaient que pleurer à présent et laisser vivre au fond de leur coeurs.
Une ombre se glissa dans la foret avant le lever du soleil, emportant avec elle bien des souvenirs de ces terres et de ces êtres qu'elles chérissaient tant mais qu'elle souhaitait laisser en paix à présent. Estel erra seul un moment, comprenant que rien ne serait plus pareil, il ne pouvait que se résoudre à quitter cette foret et suivre sa mère. Il rassembla son courage et décida d'aller trouver sa soeur, il la trouva au bord de la mer, blanche silhouette qui se détachait sur l'horizon miroitant d'argent. La peine ne l'avait en rien quitté, elle guidait même sa pensée et ses paoles furent amères. Il lui annonça son désir de partir de ces terres qui l'avaient vu naître, et de rattraper sa mère. Il la salua d'un signe de tête et s'en alla tristement, ne comprenant encore à peine la douleur de ce départ.
Ils se tenaient à nouveau dans l'ombre, échangeant quelque paroles et l'espoir qu'ils avaient en la guérison du frère de Douleya, leur voix se perdaient dans le bruit de la vallée de l'eau et leur regards dans le tumulte incessant des rivières qui l'avaient faites.
Elle approcha vivement, le visage caché de sa capuche. Ils lui demandèrent ou elle se rendait mais la question la troubla, elle inclina la tête, les suppliant de la laisser s'en aller sans poser de question quand à sa route, sa voix trahissait sa peine, et devant le refus des deux gardes elle força le passage, en repoussant un sans pour autant lui faire de mal, le deuxième tenta de la retenir en lui saisissant le bras, c'est alors qu'il vit son visage lorsqu'elle se retourna, il en fut troublé et la relacha, la regardant courir déja vers le bas de la vallée. Son ami le questionna vivement, presque enérvé de l'avoir vu relacher cette dame aussi vite.
Il se tenait là à présent, perdu dans ses pensées, ne pouvant que tendre sa main vers son ami, lui montrant la larme qui était tombée sur son gant fait de cuire et d'argent. La vallée de l'eau chanta doucement comme elle le fait encore, les deux gardes restèrent un moment devant le passage de ces terres qu'ils protégeaient avant de retourner prendre du repos sous le couvert de la nuit, guidé par l'éclat de la lune. C'est avec tristesse qu'ils apprirent le départ d' Estel, ils ne l'avaient pas croisé, sans doute avait-il emprunté un autre chemin, évitant les questions des deux gardes.
Nul ne sait ou il s'en est allé, peut être Douleya, peut etre son père, mais les gardes l'ignoraient et ne voulaient pas les déranger, jugeant que cette affaire ne les concernaient plus.