Après plusieurs jours de navigation, l'Elfe parvint enfin au terme de son voyage. Avant que la chaloupe ne touche le rivage, il sauta par dessus bord évitant au marin d'échouer l'embarcation. Ce dernier, d'un habile coup de rame, vit pivoter la barque et rejoignit rapidement le navire qui peu de temps après, toutes voiles dehors, cinglait vers la haute mer.
Finaël resta ainsi, de l'eau jusqu'aux genoux, regardant s'éloigner la voile blanche. Bien après que le navire ne fut devenu qu'un imperceptible point sur l'horizon, il se tenait toujours au même endroit, fasciné par les reflets de l'océan qui jouait avec le soleil. Avec le crépuscule naissant, il se décida enfin à se mettre en route de cette longue foulée rapide qu'il affectionnait quand il se déplaçait seul. Il ralentit l'allure quand il gravit les pentes escarpées de la vallée et le long escalier qui menait presqu'au sommet. Arrivé sur les hauteurs, il s'engagea furtivement dans le passage qui conduisait à Ceven Galad.
Quand il déboucha enfin sur la saillie rocheuse qui dominait la Terre de Lumière, il marqua une longue pause, admirant la forêt qui sétendait sous ses pieds. Puis lentement, il descendit les marches et s'avança vers le pont qui enjambait la mer. La nuit était déjà bien avancée.
Alors, il fit glisser hors du fourreau Megil en Elerinnaë qui luisait dans la pénombre et, d'un mouvement fluide, la brandit vers le firmament comme un cri silencieux, comme un défi aux inconcevables trames du destin. Puis il abaissa le bras, il posa la pointe de la lame sur le sol, devant lui. Il mit un genou à terre, et, appuyant son front contre le pommeau de l'épée, il chanta sous les étoiles.
Il était seul. Il était le Gardien. Et la mer écoutait ses paroles que le vent emportait au loin.
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Ne gûr e-geven galad, síla i galad uireb.
Au coeur de Ceven galad, brille la Lumière Eternelle.