L’elfe était étendue sur le sol, l’épée à la main, mais étrangement, cette dernière ne dégageait plus qu’une faible lumière.
Quelques images revinrent à sa mémoire…l’île, la lumière et la lame qui semblait l’appeler. Et elle avait répondu à cet appel, l’empoignant d’un geste rapide et ferme alors qu’elle sentait la lumière la traverser.
Le choc avait été d’une telle violence qu’elle avait vacillée et à présent, elle se tenait, étalée de tout son long dans les herbes hautes que le brouillard enveloppait.
Alors qu’elle entreprit de se redresser, un rire cristallin se fit entendre.
Les mouvements de l’elfe étaient lents, et l’effort fourni pour reprendre pied lui coûtait grandement, aussi ne se laissa-t-elle pas distraire par le tintement moqueur et amusé de la voix qui s’éleva à la suite du rire.
-Voilà une manière bien peu élégante pour une Dame de se tenir.
Devrais-je t’aider, Elvawen, ou bien trouveras-tu la force de te redresser seule ?
La voix était familière et teintée d’une douce ironie, mais la position inconfortable de l’elfe l’empêchait de distinguer clairement les traits de la silhouette qui se tenait à quelques pas d’elle.
Prenant appui sur la lame, elle parvint enfin à se redresser et le hoquet de surprise qu’elle lâcha faillit de nouveau lui faire perdre contenance.
Elle ferma les yeux un instant et chercha sa respiration, certaine d’être plongée dans un songe et bien déterminée à ne pas se laisser happer par celui-ci.
-Crois-tu que fermer les yeux me fera disparaître ? Ma compagnie t’est donc si désagréable que tu ne puis souffrir de me regarder ?
La voix se faisait toujours amusée, mais une légère pointe d’irritation en émanait également.
-Ouvre les yeux Elvawen, tu n’as aucune peur à avoir. Je t’attendais depuis si longtemps que j’en venais à croire que cela ne viendrait jamais…
Comme la voix ne se taisait pas, l’elfe osa un timide regard vers celle qui lui faisait face.
Elle ne voyait dans cette autre que sa propre image, l’exacte reproduction de ce qu’elle était si ce n’est la chevelure d’argent qui cascadait librement sur ses épaules.
Elles restèrent ainsi un long moment, chacune détaillant l’autre, sans qu’un mot ne jaillisse de leurs lèvres offrant aux étoiles un tableau des plus étrange. On eu dit que toutes deux regardaient dans un miroir et cherchaient dans l’image qu’il renvoyait la nature exacte de ce qui apparaissait.
Ce fut Elvawen qui rompit cette fois le silence et qui d’une voix hésitante lança :
-Ai-je failli …Elerinnaë ?
Elle venait, sans hésitation aucune, de mettre un nom sur celle qui l’observait à présent, un léger sourire éclairant son visage.
-Voici une bien étrange question Elvawen…
Elerinnaë réfléchit un instant puis reprit d’une voix douce tout en laissant glisser son regard sur le bras d’Elvawen, ceint d’une couronne d’étoiles.
-Les Valar t’ont accordé leur grâce alors que tu étais à l’agonie dans les plaines glacées. Penses-tu vraiment qu’ils t’auraient fait ce présent pour te voir plier l’échine sous le coup de la lame bénie ?
Elvawen écouta le flot de paroles et tenta d’en saisir l’exacte mesure. Son esprit si vif d’accoutumée semblait se perdre dans les brumes engendrées par les mots.
Mais aucun répit ne lui serait accordé pour le moment, et Elerinnaë continuait de déverser ses paroles.
-Te souviens-tu de cette lame Elvawen ? Elle te fut offerte pour que tu portes la Lumière, un prolongement de ton être jusque dans les combats.
Elvawen acquiesça tandis qu’Elerinnaë poursuivait.
-Mais tu n’étais pas prête à la recevoir, non que tu n’en fusses pas digne, mais il y avait trop de doutes et de peur en toi. Aussi la Lame a-t-elle trouvée sa place ici, attendant patiemment à mes côtés que le moment soit venu.
Elvawen se tenait toujours immobile, laissant les mots trouver le chemin de son esprit.
Elerinnaë porta lentement son regard sur la main de l’elfe et fixa intensément l’anneau de lumière.
-Tu portes l’anneau de lumière, tout comme tes compagnons, et tu en as éprouvé la puissance mais tu n’as point fléchi alors pourquoi en serait-il autrement pour la Lame ?
Elvawen plissa les yeux, tentant de garder sa concentration. Puis elle laissa sa main glisser sur le fil de la Lame. Tout comme de l’anneau, une grande puissance s’en dégageait, et elle pouvait presque sentir les pulsations de lumière qui semblait vouloir s’en extraire.
Les questions se bousculaient en elle, mais elle savait que toutes ne trouveraient pas réponse en cet instant. Pas plus qu’elle n’était capable de fournir une réponse à l’elfe qui l’observait sans ciller.
-La nuit est avancée, mais le temps ici s’écoule différemment, aussi tu n’as pas besoin de répondre avec empressement, je saurais me montrer patiente.
Sur ces mots, Elerinnaë entama un paisible chant tandis qu’Elvawen plongea de nouveau dans ses songes.
Des songes lumineux, d’une infinie douceur, sublimés encore par le chant allégorique de l’elfe, qui subtilement se mêlait au murmure du vent et au ressac.
Lorsque le chant prit fin et que les étoiles lentement disparaissaient à la faveur du jour naissant, Elerinnaë reprit la parole.
-Es-tu prête à présent, Elvawen ?
L’elfe quitta à regret ses doux songes pour porter un regard nouveau vers celle qui l’avait ramené à la réalité.
Sans un mot, elle esquissa un léger sourire et tendit sa main libre vers Elerinnaë qui se fendit d’un sourire et avança lentement vers elle.
Le contact était chaud, presque suave, et les deux êtres se mêlèrent, libérant ainsi une lumière qui se fondit dans l’épée dont la lame resplendissait comme jamais auparavant.
L’intensité du moment fit vaciller Elvawen, et lorsqu’elle ouvrit de nouveau, les yeux, elle se découvrit, allongée à même le sol, non loin d’un bassin baigné de lumière.
En lieu et place de l’île, elle se trouvait désormais dans la forêt solitaire.
Sentant une présence, elle regarda tout autour d’elle, prenant appui sur ses coudes pour se redresser.
Non loin, elle aperçut une ombre qui se glissait au travers des arbres et elle comprit, bien avant qu’elle ne distingue ses traits, que son ami de toujours veillait et l’attendait.
Elle se redressa cette fois sans difficulté aucune et serra la Lame qui n’avait jamais quitté sa main.
Et c’est d’un pas léger et le visage radieux qu’elle avança, une épée de lumière à la main, vers Saelbeth…
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